20 heures sur TF1
Domenech sélectionnerait-il aujourd’hui Platini contre
l’Italie ?
Y a t-il des grincheux en France qui ne seraient pas satisfaits de
la victoire de l’équipe
de France contre le Portugal en
demi-finale de la coupe
du monde ?
Sans doute pas en grand nombre si l’on en juge à la liesse
populaire qui a noyé le pays le soir de la demi-finale. Qui
en effet pourrait ne pas se réjouir du but de Zidane contre
le Portugal ? Quelques voix pourtant, timides, s’élèvent
ici et là pour faire entendre un son de cloche différent.
Des voix qui regrettent le jeu très tactique de l’équipe
de France,
qui base tout sur la défense. On l’a vu contre le Brésil et
contre le Portugal,
matches au cours desquels les français ont totalement muselé leurs
adversaires, parvenant à étouffer le jeu spectaculaire
de ces deux équipes latines. Une fois ce rideau défensif
mis en place, illustrant, sans aucune innovation, une stratégie
inventée par les italiens
dans les années 70, Zidane et
ses troupes se créent quelques occasions et grâce à un
réalisme, c’est vrai extraordinaire, parviennent à marquer
quelques buts. Un seul penalty a suffit contre le Portugal.
Depuis le milieu des années 90, les français ont ainsi calqué leur
jeu sur des équipes comme l’Italie et l’Allemagne,
le plus souvent sans éclat. La coupe du monde 98 ressemble à celle
de 2006. une équipe ennuyeuse en phase préliminaire qui parvient
tout de même à force de réalisme et aidée par la chance, à triompher.
Certains diront que seul le résultat compte, l’enjeu primant sur
le jeu. Sans doute.
Il reste que cette génération de joueurs français de 98
et de 2006 a eu envie de jouer au foot en regardant les matches de leurs aînés
qui ont brillé en 1982 (coupe du monde), 1984 (remportant le Championnat
d’Europe en 1984) et 1986 (coupe du monde). Or, si ces équipes étaient
le plus souvent euphoriques sur un terrain, si elles donnaient à voir
des matches d’un haut niveau technique, c’est parce qu’Hidalgo
les faisait jouer en 4-3-3, c’est à dire avec trois attaquants – vous
avez bien lu. Tandis que Domenech aujourd’hui pour préserver un
résultat 1-0 face au Brésil et au Portugal sort du terrain les
joueurs les plus offensifs au cours de la deuxième mi-temps.
Des joueurs comme Rocheteau, Six, Genghini, Tigana et autres dribbleurs magnifiques
ne seraient plus sélectionnés aujourd’hui en Equipe de France.
Platini le serait-il ? Ce n’est pas si sûr. L’évolution
du foot va dans ce sens. Ceux qui ont fait le pari du beau jeu au cours de la
Coupe du Monde 2006, les équipes du Ghana, Espagne ou Portugal, (et encore
quant elles pouvaient s’exprimer) en ont fait les frais.
1984 : 14 buts en 5 rencontres pour la France
Qui se souvient d’un temps où le portugais Chalana était
capable de qualifier les Girondins de Bordeaux contre Dniepropetrovsk en quart
de finale d’une Coupe d’Europe des Clubs Champions (1985) en inscrivant
dans la séance des tirs au but son penalty qualificatif en le tirant du
pied gauche alors qu’il était droitier ? Qui se souvient du parcours
de l’Equipe de France victorieuse du Championnat d’Europe en 1984,
1-0 contre le Danemark, 5-0 contre la Belgique, 3-2 contre la Yougoslavie, 3-2
contre le Portugal et 2-0 contre l’Espagne, soit 14 buts en 5 rencontres.
Il ne s’agit pas de glorifier le passé par principe, regrettant
toute évolution. On peut simplement espérer que ce foot-là,
fait de débordements, de dribbles, de gestes créatifs, ne disparaisse
pas. Il serait dommage, indépendamment de tout élan partisan, qu’on
finisse par s’ennuyer terriblement devant un match, comme c’est le
cas aujourd’hui devant un Grand
Prix de F1.
Dans son album "Hors-jeu", le dessinateur Bilal décrivait
comment le foot risquait d’évoluer au 21e siècle. Cette fiction
faisait froid dans le dos. Il ne faudrait pas que plein de petits Domenech finissent
par lui donner raison. |